Presses De Sciences Po

  • On entend rarement celles à qui ce livre donne la parole. Collégiennes, lycéennes ou jeunes actives, issues de milieux populaires, elles ont grandi et vivent dans la frange rurale de l'Hexagone. Celles qui travaillent ont le plus souvent un emploi au bas de l'échelle, quand bien même leur formation leur permettrait de prétendre à «mieux».Lors d'une enquête menée dans les Deux-Sèvres, les Ardennes, la presqu'île de Crozon et le massif de la Chartreuse, Yaëlle Amsellem-Mainguy est allée à la rencontre de cette partie de la jeunesse a priori «sans problème» et pourtant largement concernée par les grandes évolutions économiques, sociales et politiques du pays. Les «filles du coin» lui ont raconté leur vie quotidienne, leurs relations familiales, leurs amours, les amitiés qui se font et se défont. Elles lui ont confié le poids de la réputation et de la respectabilité, la nécessité d'avoir du réseau et de savoir s'adapter face à l'éloignement des grandesvilles et à la disparition des services de proximité. Elles lui ont décrit leur parcours scolaire, leurs rêves et leurs aspirations, et la question qui se pose à elles dès l'adolescence: partir ou rester?

  • Les actes violents commis au nom d'une cause ne sont pas quantifiés, contrairement à ceux de la délinquance dont les statistiques se voient diffusées régulièrement. Pourtant, les images des violences politiques s'invitent chaque jour dans nos salons: attentats, dégradations d'équipements publics, séquestrations, etc.Prenant froidement le parti des chiffres, les auteurs ont constitué une base inédite de quelque 6 000 épisodes de violence politique survenus de 1986 à nos jours, en les catégorisant selon la nature de la cause défendue: idéologique, indépendantiste, religieuse, professionnelle ou sociétale.Leur approche à la fois quantitative et narrative, portant sur une trentaine d'années, fait tomber nombre de présupposés du débat politico-médiatique. Sans masquer la tragédie des attaques terroristes ni les manifestations émeutières des années récentes, elle nuance l'idée d'un regain de violence politique en France, où le nombre d'atteintes aux personnes est aujourd'hui très inférieur à celui des atteintes aux biens. Elle confirme un net recul de la violence indépendantiste, mais révèle aussi toute la palette d'expressions d'une colère grandissante contre la démocratie représentative.

  • Le tournant délibératif ; critiques et perspectives Nouv.

    Face à la critique du système représentatif, la démocratie délibérative est de plus en plus fréquemment invoquée. Cet ouvrage revient, grâce aux contributions d'une quinzaine de spécialistes français comme internationaux, sur les manières multiples de penser la démocratie délibérative mais aussi ses limites.
    A l'origine, le « tournant délibératif » désigne le développement, à partir des années 1980, de théories normatives de la légitimité démocratique qui ont proposé de faire de la délibération publique le pivot d'une nouvelle articulation entre bien commun, justification et légitimité.
    Si la démocratie délibérative a d'emblée suscité l'intérêt des philosophes et des théoriciens du politique, elle a progressivement touché d'autres disciplines (sociologie des institutions politiques, sociologie de l'action collective, sciences de l'information et de la communication, sociologie des sciences et des techniques, sciences de l'argumentation, sociologie de l'action publique...) où se sont multipliés les recherches de terrain et les questionnements, souvent critiques, des cadres théoriques initiaux. Elle a donné lieu à un ensemble de débats portant sur la formulation de l'idéal délibératif et confrontant diverses déclinaisons de la démocratie participative, que ce livre explicite et discute.

  • Parce qu'elle est à la fois chargée de les juger et de les protéger, la justice des mineurs est une des institutions symboles de l'universalisme républicain. Traite-t-elle pour autant tous ces justiciables de la même manière?Arthur Vuattoux a mené l'enquête auprès de deux tribunaux, suivi plusieurs procès, analysé plus de deux cents affaires mettant en cause des adolescents. Verdict: les normes de genre orientent profondément la façon dont les professionnels consultés par les juges et les juges eux-mêmes appréhendent les déviances à cet âge. Autant ils ramènent volontiers celles des garçons aux actes commis et au rôle des pairs, autant ils sont enclins à sexualiser et à médicaliser les comportements des filles.Ce traitement différencié dépasse les questions de genre, il touche aussi la race, l'âge, la classe sociale. Il contribue à produire ou à renforcer, au coeur même de l'institution judiciaire, les discriminations systémiques envers des populations minoritaires.

  • Militer chez les verts Nouv.

    Idéalistes ou arrivistes, courageux ou dogmatiques, les militants verts ont une image très contrastée. Leur parti, Europe Écologie - Les Verts (EELV), passe pour divisé et cacophonique. Il est pourtant une terre d'accueil pour celles et ceux qui croient à la nécessité du projet écologiste et à son caractère émancipateur. Près de quarante ans après sa création, et alors que la volonté de gouverner s'affirme chez les écologistes depuis les vagues vertes des élections européennes et municipales de 2019 et 2020, le parti vert français reste à bien des égards méconnu.Prenant appui sur une somme inédite de matériaux, cette enquête au coeur d'EELV et des Jeunes écologistes analyse les ressorts de l'engagement et de la semi-professionnalisation politique de militants dont les valeurs et les pratiques sont indissociables. Elle conte, à hauteur d'adhérents, l'histoire d'un parti qui entend faire de la politique autrement.

  • « Chercheur embarqué », Frédéric Mérand a pu faire une immersion au sein du cabinet du commissaire européen Moscovici entre l'été 2015 et l'automne 2019. Passant deux mois par an au Berlaymont , il a suivi l'évolution de chaque dossier (crise du Grexit, surveillance budgétaire, taxe sur les GAFA, etc.) presque en temps réel. De la cantine aux rencontres internationales, il a observé le commissaire et son cabinet. Il a recueilli au quotidien, leurs stratégies et leurs espoirs mais aussi leurs étonnements, leurs craintes et leurs déceptions. L'objectif, scientifique, n'était pas de savoir si la politique menée fut bonne ou mauvaise, mais de comprendre et de raconter comment elle s'est faite dans les pratiques.
    Un voyage unique dans les arcanes de la politique européenne.

  • L'usage des grands nombres dans le domaine de la santé n'est plus un secret pour personne. Les taux de mortalité, les courbes démographiques, les moyennes nationales comme les médianes par genre, profession ou âge ordonnancent nos vies biologiques. Nous sommes pris dès la naissance dans un système de mesure de l'espérance de vie, par lequel s'évaluent continûment nos chances de perdurer. En période de crise sanitaire, lorsque la connaissance scientifique fait défaut, les nombres prennent une place encore plus grande : la statistique médicale devient le principal outil d'aide à la décision des pouvoirs publics.
    Cette épistémè computationnelle a une histoire que Mathieu Corteel nous invite à découvrir. Elle trouve sa source dans l'interprétation des tables de mortalité au XVIIe siècle, et s'est transformée depuis, articulant différemment à chaque époque un état des connaissances mathématiques avec une pratique médicale et une vision politique de la santé publique.
    Mathieu Corteel est philosophe et historien des sciences. Il est membre du comité de rédaction de la revue Multitudes. Le hasard et le pathologique est son premier essai.

  • Ce livre ne raconte pas l'histoire de Joseph Conrad mais celles des travailleurs et des asservis qu'il a côtoyés tout au long de son singulier périple : les serfs de l'Empire russe, les salariés et les matelots des empires français et britanniques, enfin les marins, les esclaves et les immigrés d'un océan Indien battu par les moussons. Le voyage avec l'écrivain se termine au Congo où les violences extrêmes perpétrées à l'encontre des populations indigènes côtoient la peur, la solitude et la quête effrénée de profit des compagnies.
    Prenant appui sur ce périple, Alessandro Stanziani fait oeuvre d'historien, celle de la difficile conquête de la liberté en général, et de la liberté au travail en particulier.

  • « Moi, je fais un constat qui est de dire que tout le système social, on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. » Ces propos d'Emmanuel Macron firent scandale auprès des associations de lutte contre les exclusions. Maladroits ou délibérés, ils s'inscrivent dans un durcissement continu du discours politique sur la pauvreté en France.
    Comment est-on passé, du consensus des années 1980 et 1990 sur la nécessité de protéger les pauvres et les exclus, aux mises en garde d'aujourd'hui contre les fraudeurs supposés, aux exhortations à se lever de bonne heure ou à traverser la rue ?
    En analysant comment la "cause des pauvres" est défendue depuis 1945, Frédéric Viguier renouvelle l'histoire des politiques du progrès social et met au jour leurs ambivalences.

  • L'islam de France a cessé de se faire discret. Les jeunes générations désirent lui faire une place et, à travers lui, affirmer leur identité, dénoncer les discriminations, voire contester un modèle de société.
    L'engouement religieux et le communautarisme menacent-ils pour autant les libertés individuelles, la cohésion sociale et la paix ? Guerres et attentats menés au nom du fondamentalisme ne sont pas propices à l'analyse raisonnée ; c'est à elle pourtant que prétend cet ouvrage. Ni angélisme ni alarmisme du côté des auteurs, plutôt une analyse des faits à partir d'enquêtes de terrain et de témoignages. On y croise des étudiantes voilées, des entrepreneurs, des mères d'élèves de quartier sensible, des jeunes actifs de retour d'un pèlerinage à la Mecque, des délinquants rejoignant un islam rigoriste, des jeunes repérés par la Protection judiciaire pour « radicalisation ».
    Les écouter, prendre au sérieux leurs opinions, comprendre leur cheminement et interroger leurs rapports à la société et à la République, voilà des clés pour éclairer le jugement, combattre quelques idées fausses et mieux vivre ensemble.

  • Exception en Europe, un Etat allié du Reich a refusé de déporter sa communauté juive. Cette image de la Bulgarie pendant la seconde guerre mondiale a prévalu jusque récemment, quitte à omettre que, dans les territoires de la Yougoslavie et de la Grèce occupés par ce pays entre 1941 et 1944, la quasi-totalité des Juifs ont été raflés, convoyés vers la Pologne et exterminés. Au terme d'une vaste enquête documentaire et archivistique, Nadège Ragaru reconstitue l'origine de ce qui a longtemps été tenu pour un socle de faits vrais parce que largement crus.
    Elle explique pourquoi une seule facette d'un passé complexe et contradictoire a fait l'objet d'une transmission prioritaire ; comment les déportations, sans être oblitérées, sont devenues secondaires dans les discours publics, les musées, les livres d'histoire et les arts ; comment la mise en écriture des persécutions contre les Juifs en Bulgarie s'est retrouvée l'otage de la guerre froide puis des luttes politiques et mémorielles de l'après-communisme dans les Balkans et le reste du monde.
    Profondément originale dans sa conception comme dans son écriture, cette enquête historique est une réflexion exemplaire sur les silences du passé.

  • Tous les ans, plusieurs milliers d'agents du secteur public chinois s'inscrivent dans un MPA (Master in Public Administration), un programme créé à la Harvard Kennedy School et arrivé en Chine avec le nouveau siècle. Une internationalisation qui peut surprendre.
    Comment la Chine, après avoir adapté les principes de développement économique, implante les techniques de formation des démocraties occidentales, tout en se dispensant de la démocratie ? À travers l'histoire de ces « Mandarins 2.0 », l'auteure éclaire la façon dont l'Étatparti entend concilier le changement nécessaire au développement de la Chine et la stabilité de son pouvoir.

  • Comment évoluent les politiques publiques en temps de crise? Traditionnellement, deux visions s'opposent: certaines analyses mettent en avant la continuité, tandis que d'autres insistent sur la brutalité des changements opérés. La réalité est plus nuancée: de grandes variations s'observent selon les secteurs et les échelles, comme le montre cette étude de l'action publique dans les différents pays de l'Union européenne avant, pendant et après la crise économique et financière de 2008.Trois grandes leçons s'en dégagent: tout d'abord, les principaux changements se sont produits aux niveaux supranationaux, signe d'un renforcement des politiques publiques internationales et européennes; ensuite, des dynamiques antérieures portées par des acteurs réformateurs dans des domaines tels que l'emploi et la protection sociale se sont amplifi ées; enfin, les usages politiques de la crise ont joué un rôle clé dans les variations constatées entre continuité et changement. Le cadre comparatif et international que propose cet ouvrage se révèle précieux pour comprendre l'action publique menée durant les crises, jusqu'à celle de la Covid-19.

  • Les pesticides sont des produits dangereux. Pour cette raison, ils comptent parmi les substances chimiques les plus surveillées et ce, depuis des décennies. Des agences d'évaluation des risques contrôlent leur mise sur le marché et assurent une toxico-vigilance de leurs effets sur la santé.
    Comment alors expliquer l'accumulation de données épidémiologiques qui attestent la sur-incidence de pathologies chroniques - maladies neurodégénératives, hémopathies malignes, cancers - parmi les populations humaines les plus exposées, et en particulier les agriculteurs ?
    Pourquoi des résultats aussi inquiétants sont-ils si peu de répercussion sur les autorisations de mise en vente ?
    Le sociologue Jean-Noël Jouzel a mené l'enquête en France et aux États-Unis pour comprendre ce qui conduit les agences d'évaluation à ignorer volontairement certaines données scientifiques lorsqu'elles n'ont pas été élaborées selon les normes de la toxicologie réglementaire.
    Les industriels ont bien compris le profit qu'ils pouvaient tirer de cette routine normative. Ils ont en effet tout intérêt à suivre ce cadre, disposant par ailleurs des ressources matérielles nécessaires pour s'y conformer.

  • Michel Rocard occupe les fonctions de Premier ministre de François Mitterrand pendant trois ans et cinq jours (10 mai 1988-15 mai 1991). Un passage gouvernemental que, malgré quelques mesures saluées (paix en Nouvelle-Calédonie, RMI, CSG), l'historiographie dominante présente comme un moment « d'alternances sans alternatives ».
    Les contributeurs de cet ouvrage ont eu accès aux archives publiques et privées de Michel Rocard. Ils dressent ainsi un portrait à la fois plus complet et plus nuancé de son action dans une cohabitation au sein de la maison socialiste qui ne disait pas son nom.

  • L'Affordable Care Act de 2010 a permis à vingt millions de citoyens américains de bénéficier d'une couverture maladie. Réforme la plus ambitieuse en matière de santé depuis les années 1960 aux États-Unis, l'Obamacare est aussi une réussite politique. Même Donald Trump n'est pas parvenu à la faire abroger.
    Ce succès tient au travail de fond, à l'abri des regards, d'un petit groupe de « gardiens des politiques de santé », habitués de longue date aux arcanes washingtoniennes et fins connaisseurs des rouages du système de santé américain. En périphérie du pouvoir sous la présidence de George Bush Jr. puis au sein de l'administration fédérale sous celle de Barack Obama, ces insiders échaudés par l'échec de la réforme Clinton au début des années 1990 ont usé de leurs ressources politiques pour faire évoluer un système devenu obsolète. S'ils n'ont pu mettre en place une couverture universelle, du moins ont-ils accru les capacités de régulation de l'État fédéral dans le domaine de la santé, créant par là-même la possibilité de futures améliorations.
    L'enquête de William Genieys met au jour le rôle de ces nouvelles élites politiques américaines qui oeuvrent pour que l'État fédéral soit au service non pas des lobbyistes, mais de l'intérêt général.

  • Si la violence conjugale est aujourd'hui reconnue comme une question de société légitime, il n'en a pas toujours été ainsi. C'est grâce aux mobilisations féministes des années 1970, qui définissent alors la violence dans le couple comme une violence faite aux femmes, produit des rapports de domination entre les hommes et les femmes, que ce phénomène sort de la dénégation sociale dans laquelle il était tenu. Comment une cause féministe devient-elle un problème public dont s'emparent les associations, les institutions internationales et l'État ?

    En apparence, le problème de la violence conjugale paraît semblable partout : il s'agit de développer des lieux d'accueil pour les victimes de violence, de créer des lois pour rendre la violence illégitime et d'appeler à sanctionner ceux qui transgressent ces nouvelles normes sociales et juridiques. Cependant, les conditions institutionnelles, politiques et idéologiques diffèrent dans chacun des pays et le problème public y est traité selon des modalités distinctes. À travers la question des violences conjugales et en comparant le cas français et américain, Pauline Delage analyse avec acuité quelles sont, de part et d'autre de l'Atlantique, les formes légitimes de l'intervention publique dans le domaine de l'intime et des inégalités sexuées.

  • Toutes les femmes sont citoyennes, quelques femmes sont artistes. La citoyenne et l'artiste sont-elles les semblables des hommes ? Oui. Tout autant concernées par la politique et par l'art ? Oui.
    Au commencement de l'ère démocratique, initiée par la Révolution française, ces affirmations furent pourtant sources de débats et de polémiques : aux femmes la famille plutôt que la cité, la muse plutôt que le génie, arguaient bien des hommes qui n'étaient pas tous réactionnaires. Deux cents ans après, nous en discutons encore.
    L'ouvrage revient sur les conséquences de ce moment fondateur. Il rend compte du travail sans fi n de la démonstration de l'égalité, dans une « démocratie exclusive » où chacun - donc chacune - peut théoriquement se voir individu, sujet, citoyen, créateur, un, une parmi tous et toutes. De Poulain de la Barre, philosophe du XVIIe siècle, à Jacques Rancière, penseur contemporain, avec Virginia Woolf comme avec Simone de Beauvoir, les textes réunis ici montrent à quel point ces questions demeurent essentielles pour la modernité : celle de la jouissance revendiquée, celle de la stratégie subversive, celle de la mesure de l'émancipation des femmes, celle du féminisme comme dérèglement de la tradition occidentale.

  • Qu'ils soient naturels ou minutieusement reconstitués en studio, identifiables ou anonymisés, les lieux sont au coeur de l'activité cinématographique. Le choix des espaces est artistique, bien sûr, mais aussi économique : d'un côté les productions tentent de contenir les coûts, de l'autre certains territoires développent des politiques spécifiques pour attirer les tournages.
    Pour comprendre la fabrique des films aujourd'hui, la sociologue Gwenaële Rot a suivi de nombreuses productions, assisté à des tournages et interrogé directeurs de production, réalisateurs, repéreurs, régisseurs, décorateurs, ventouses, etc.
    Grâce à ce riche matériau collecté de Marseille à Paris en passant par Los Angeles, l'auteure ouvre les portes des plateaux, montre comment s'opère le choix de lieux à partir du scénario, comment ceux-ci sont patiemment transformés en décors de cinéma, devenant l'espace de travail d'une équipe, puis celui d'un récit porté sur grand écran.

  • Surpris par l'irruption des « révoltes arabes », les régimes autoritaires d'Afrique du Nord ont, pour la plupart, fait preuve d'une certaine robustesse. Pour combien de temps encore ?
    Fin connaisseur de la région, Luis Martinez fait le point sur la situation de pays tels que l'Algérie, le Maroc, la Libye et la Tunisie. Il montre qu'en s'arcboutant aux deux fonctions héritées du pouvoir colonial, maintien de l'ordre et extraction des ressources naturelles, ces États ont omis de placer l'intérêt général au coeur de leur action. Incapables de se départir d'une obsession sécuritaire - partagée par la communauté internationale -, les yeux braqués sur la bande sahélo-saharienne, nouvel épicentre du jihadisme, leurs gouvernants paraissent ignorer le véritable défi qui se pose à eux : répondre à la colère d'une jeunesse nombreuse et au chômage, et gagner la loyauté d'un peuple qui paie le prix de la corruption, de modèles erronés de développement économique et d'une absence d'État-providence.

  • Qui décide du logement des Français ?
    Bouygues, Vinci, BNP Paribas, Société générale... Les noms de grands groupes sont familiers. Mais connaît-on les sociétés de promotion immobilière qui en font partie ? Comptant parmi les dix plus grands promoteurs français, Bouygues Immobilier, Vinci Immobilier, Meunier Promotion (devenu BNP Paribas Real-Estate), Sogeprom, etc., sont pourtant devenus au fil d'évolutions récentes des acteurs centraux des politiques du logement en France.
    Limiter l'intervention et l'investissement publics dans le secteur du logement et organiser des relais privés pour le développement de l'offre de logements : cette double injonction qui, depuis les années 1970, imprègne les discours dominants sur les politiques du logement, s'est en effet traduite par l'essor des niches fiscales et par une forme de régulation du secteur via la délégation aux acteurs privés de la construction des logements y compris, de plus en plus souvent, des logements sociaux.
    Alors que l'effort financier consenti pour se loger augmente régulièrement depuis 20 ans, que les atermoiements et limites de la mise en oeuvre du droit au logement exaspèrent, que les bidonvilles et autres campements de fortune sont de retour aux portes des grandes agglomérations, cet ouvrage interroge le sens à donner à ce choix politique.

  • Ce livre va au-devant d'une population oubliée et hétérogène, celle des « précaires » : travailleurs pauvres, chômeurs en fin de droits, mères seules avec enfants, bénéficiaires des minima sociaux ou personnes en hébergement d'urgence. Il s'appuie sur une enquête réalisée lors de l'élection présidentielle de 2012, qui cherchait à comprendre et à mesurer l'impact de la précarité sur les rapports des individus à la politique, et sur des entretiens effectués dans des centres d'accueil de jour et lieux de distribution alimentaire à Paris, Grenoble et Bordeaux.

    La lutte quotidienne pour la survie incite aux comportements individualistes, à la « débrouille » plus qu'à l'action collective. Elle suscite un profond sentiment d'injustice face aux riches, mais ne pousse pas à la révolte. Le lien avec la politique institutionnelle n'est pourtant pas rompu : les hommes et les femmes en situation de précarité suivent la campagne présidentielle, expriment des préférences, font davantage confiance à François Hollande qu'à Nicolas Sarkozy et plus à Marine le Pen qu'au candidat du Front de gauche.

    Ces positions se traduisent néanmoins rarement en bulletins de vote. Faute de dispositifs leur facilitant l'accès à l'espace public, les individus en situation de précarité demeurent, la plupart du temps, inaudibles.

  • Durant l'hiver 2012-2013, des centaines de milliers de personnes manifestent dans les rues de Paris contre l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels.
    L'ampleur de cette mobilisation ne manque pas de surprendre : alors que le Pacs ne pose plus question, d'où vient une telle résistance aux droits des homosexuels ? Les manifestants ne se contentent pas de dénoncer les méfaits de la loi sur le mariage ; ils soutiennent que sa cause est à trouver dans la « théorie du genre », une idéologie qui viendrait tout droit des États-Unis. Par « théorie du genre », ils entendent pour l'essentiel la « théorie queer », théorie qui critique les normes en matière de genre et d'orientation sexuelle.
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    Bruno Perreau analyse les multiples réceptions en France de la théorie queer, du travail militant aux séminaires de recherche et aux traductions, en passant par l'émergence de médias queer, ou, plus récemment, de mobilisations comme la marche des Tordu.e.s ou la Queer Week d'étudiants de Sciences Po. En enquêtant sur ses origines, il montre que cette théorie qui, pour certains, menacerait l'identité nationale, s'appuie très largement sur des auteurs français. Il propose ainsi une lecture décalée de sa critique virulente : et si la réaction à un questionnement de la sexualité et de ses normes mettait d'abord au jour un anticommunautarisme à la française ?

  • Nous ne sommes pas dans une crise passagère, nous n'affrontons pas un problème sectoriel, nous nous trouvons dans une situation qui a globalement changé, et le changement est massif, durable et peut-être, à l'échelle humaine du moins, irréversible.
    Nous avons changé d'époque. C'est ce qu'indique le mot anthropocène : il nomme notre situation actuelle, qualifiée, dans sa globalité, par la place que les humains occupent sur Terre.
    En novembre 2015 s'est tenu au Collège de France un colloque international intitulé « Comment penser l'anthropocène ? » qui entendait mettre en lumière l'engagement intellectuel de la communauté de la recherche face au changement global. Tout l'enjeu de ces recherches réside dans leur capacité à produire des connaissances sur ces dynamiques, que cela soit pour en retracer l'histoire, pour en saisir les effets sociaux et écologiques actuels ou pour penser les moyens juridiques et politiques de s'y adapter et infléchir les tendances lourdes dont elles sont le moteur.
    Une quarantaine de chercheurs d'horizons disciplinaires et géographiques variés y ont été invités à débattre de cette notion qui déstabilise les sciences humaines et sociales en ce début de XXI e siècle. Issu de ce colloque, ce livre propose un panorama sans équivalent des pensées actuelles sur l'anthropocène.

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